Le sens au travail : une trilogie

La quête de sens au travail nous invite à questionner le travail à l’interface entre l’individu, l’entreprise et la société.

Le travail apparait comme une toile de projection de nos aspirations spirituelles : quête de sens de nos existences, de reconnaissance et de liens. Donner un sens à sa vie en se sentant utile, réellement utile : telle serait donc la mission sacrée du travail. Produire quelque chose qui ait une réelle valeur, pour soi, pour l’humanité, pour la planète Terre. Au fond, il s’agit bien plus de travailler que d’avoir un travail.

 

 

Sens au travail et sens du travail

Lorsque l’on parle de quête de sens dans le monde du travail, il s’agit de répondre à l’aspiration grandissante des individus de pouvoir donner du sens à leur activité professionnelle. Deux dimensions composent cette notion de sens rapportée au travail:

  • un sens vocationnel : le sens au travail
  • un sens structurel : le sens du travail.

 

Dans une perspective vocationnelle, ou aspirationnelle, le sens au travail renvoie à l’utilité et à l’expérience sociale et interpersonnelle. Il pose la question de savoir si ce que j’accomplis par mon travail a un impact positif sur les autres et sur le monde. Autrement dit: mon travail a-t-il une utilité sociale ?

Ici le sens au travail renvoie à la raison d’être de mon travail et dans le même temps à la raison d’être de l’entreprise dans laquelle je travaille.

 

Dans une perspective plus structurelle, et même fonctionnelle, le sens du travail renvoie à la qualité du travail et à la qualité de vie au travail. Il concerne le sens que je peux donner aux tâches que j’accomplis, à la manière de réaliser mon travail, à la qualité des conditions dans lesquelles j’effectue mon travail. Le sens du travail renvoie donc essentiellement à l’organisation du travail, c’est-à-dire la manière dont les activités sont agencées, et les conditions dans lesquelles le travail se réalise.

 

Répondre à la quête de sens nécessite de considérer ces deux dimensions du sens de façon combinée. En effet, je peux exercer un métier et travailler dans une entreprise dont la mission est socialement positive. Mais si les conditions de réalisation de cette mission, autrement dit mes conditions très concrètes de travail, sont telles que chaque jour je trouve aberrant la façon de le faire et/ou dégradantes les conditions dans lesquelles je suis, je ne trouverais pas durablement la réponse à ma quête de sens. Pire, je finirais par souffrir de cette situation.

Se focaliser uniquement sur la raison d’être et négliger l’organisation, serait non seulement insuffisant, mais engendrerait perte de confiance et souffrance accrue. Car si l’individu a une vision haute de la mission associée à son travail, mais que les conditions dans lesquelles il l’exerce sont dégradées, la souffrance associée sera d’autant plus grande que la valeur du travail est élevée. C’est probablement la raison pour laquelle il y a autant de souffrance dans les métiers dits « de vocation ». On croit que la beauté de la mission est une condition suffisante et on néglige les conditions de travail et les systèmes de reconnaissance, pensant que cette beauté de la mission justifiera le sacrifice.

De la même façon, une entreprise qui communique beaucoup sur sa raison d’être, mais qui néglige l’organisation et les conditions de travail de ses collaborateurs, manquera de cohérence et d’authenticité.

 

Comment prétendre être vertueux dans son impact social et sociétal sans prendre soin des conditions de travail au sein même de l’entreprise ?

 

L’articulation de ces deux dimensions du sens renvoie donc à la valeur du travail. Dès lors, une dimension supplémentaire doit être considérée: celle de la valorisation. Là encore, deux dimensions de la valorisation peuvent être différenciées pour lire le travail à l’interface entre le monde de l’entreprise et l’environnement sociétal dans lequel il s’inscrit.

 

 

Valorisation dans et par le travail

La valorisation dans le travail va passer par la reconnaissance reçue de la part des collègues, de la hiérarchie et des clients. Il s’agit là de recevoir du feed-back sur la qualité du travail que je produis et sur l’utilité de mon travail pour les autres (mes collègues, ma direction, mon entreprise, les clients).

 

La valorisation par le travail va quant elle être intimement liée au discours social associé au métier. Si j’exerce un métier qui est peu considéré socialement, alors, quelle qu’en soit l’utilité réelle et la qualité d’exécution, je ne serais pas socialement valorisé de l’exercer et j’aurais d’autant plus de mal à trouver du sens et du plaisir à l’exercer. Car le regard et le discours des autres influencent considérablement la valeur que je vais attribuer à ce que j’accomplis. C’est le cas de bien des métiers manuels ou de service qui souffrent d’une dévalorisation sociale totalement injuste et injustifiée. C’est également aussi souvent le cas des métiers dits « supports » ou encore horriblement qualifiés de « non productifs » dans les entreprises.

 

Il apparait donc indispensable de penser une démarche globale qui traite de façon conjointe la raison d’être, l’organisation du travail et la valorisation.

 

 

L’éthique du travail 

Un travail qui a de la valeur, non pas monétaire mais sociale et humaine, ne peut faire l’économie du respect de valeurs fondamentales en matière de respect de la dignité humaine, d’équité, de justice et de préservation de l’environnement.

Cela concerne donc les conditions de travail, les pratiques managériales, la politique salariale, la lutte contre toute forme de discrimination et de violence, les pratiques commerciales, les conditions de production, les achats, mais également le modèle économique de l’entreprise.

Les entreprises à mission, le mécénat d’entreprise, les fondations d’entreprise, peuvent nous permettre d’inscrire nos entreprises dans un modèle plus vertueux et plus généreux. Une approche éthique de l’entreprise est le meilleur chemin pour réconcilier la performance économique et la performance sociale.

 

Sens au travail et responsabilité sociale de l’entreprise donc sont indissociables.

 

 

Nathalie BARDOUIL, présidente OPUS Fabrica

 

 

 

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