VSST : Quand le droit ne suffit plus, la psychologie et le théâtre prennent le relais
Par Cécile Combes — Juriste en droit social, en Master 2 psychologie du travail (en stage de professionnalisation chez Opus Fabrica)
« C’était juste une blague », « Elle est trop sensible », « C’est un jeu de séduction ».
Combien de fois ces phrases ont-elles servi d’écran de fumée pour masquer des comportements inadaptés au sein de nos organisations? Et surtout, combien de fois ai-je vu des managers et des dirigeants totalement démunis face à ces situations, tiraillés entre leurs obligations juridiques, les risques pour l’entreprise, et les impacts humains souvent invisibles?
Le syndrome du « pompier » : les limites de l’approche purement juridique
Pendant plus de 20 ans, en tant que juriste en droit du travail, j’ai accompagné des chefs d’entreprise de TPE et PME dans la gestion de leurs relations salariés. Si le droit du travail est un outil redoutable pour structurer et adapter l’organisation, j’ai fini par faire un constat frustrant : j’étais presque systématiquement appelée « en pompier ».
J’intervenais lorsque les relations étaient déjà trop dégradées, quand le point de non-retour était atteint : arrêts maladie longue durée, conflits ouverts, turn-over massif, et ruptures de contrats.
Le cadre légal est indispensable, mais la loi seule ne suffit pas à changer les mentalités. Les règles strictes de l’entreprise ne peuvent pas être séparées des émotions qui la traversent. C’est cette quête d’harmonie et d’action préventive qui m’a poussée à entamer une reconversion profonde pour devenir experte en psychologie du travail au sein de l’équipe d’Opus Fabrica.
La psychologie du travail pour comprendre le « système »
Là où le droit sanctionne, la psychologie du travail apporte une vision globale du « système » que représente une organisation.
Un dirigeant qui connaît les mécanismes menant à l’émergence de violences est infiniment plus armé pour les détecter et les prévenir. C’est dans ce carrefour exact, entre la rigueur du droit et la subtilité de la psychologie, que se trouvent les VSST (Violences Sexistes et Sexuelles au Travail).
Contrairement aux idées reçues, les VSST ne se réduisent pas à de simples « problèmes de personnalités » ou à des frictions interpersonnelles. Elles sont bien souvent les symptômes d’une politique de prévention insuffisante ou mal clarifiée.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- 1 femme sur 5 déclare avoir été victime de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle (Enquête IFOP, 2024).
- 60 % des salariés français (car oui, les hommes sont aussi concernés) déclarent avoir été exposés à au moins un agissement à connotation sexiste et/ou sexuelle au travail durant les 12 derniers mois (Enquête Ekilibre, 2022).
Traiter les VSST à 360 degrés : Droit, Psychologie… et Créativité
Pour endiguer ce phénomène, il faut donc une double lecture:
- Le regard juridique : pour s’approprier les définitions légales et sécuriser les procédures internes de signalement.
- Le regard psychologique : pour comprendre les mécanismes systémiques, évaluer l’impact sur le collectif et accompagner les victimes comme les témoins.
Mais chez Opus Fabrica, en association avec Parenthèses Théâtre, nous avons décidé d’aller encore plus loin en y ajoutant un troisième ingrédient inattendu : l’art.
Et si on commençait par en rire… pour mieux en parler ?
Certes, les VSST n’ont rien de drôle. Mais s’autoriser à en rire ou à être embarrassé dans un cadre sécurisant change la donne. Grâce au théâtre appliqué via Un Opus En Parenthèses, vous ne montez pas sur scène : vous devenez les observateurs attentifs de saynètes réalistes, élaborées sur-mesure et jouées par des comédiens professionnels.
Pourquoi cette méthode bouscule-t-elle les codes ?
- Elle crée un effet miroir : Observer une situation de l’extérieur permet de voir ce que l’on ne perçoit plus au quotidien, comme le sexisme ordinaire.
- Elle ancre le message : Ressentir une émotion face à une scène, c’est comprendre intimement le problème et cesser de le banaliser.
- Elle libère la parole : Cela permet d’échanger en respectant les sensibilités de chacun, tout en prenant conscience des différences intergénérationnelles et culturelles.
À l’issue de cette prise de conscience, notre équipe anime des ateliers participatifs basés sur la psychologie sociale. L’objectif ? Vous donner les clés concrètes pour accompagner, intervenir, trouver les bonnes ressources et, surtout, réussir à dire « stop » avec les bons mots.
La créativité est-elle l’un des outils les plus puissants au service de la psychologie pour transformer les organisations sur des sujets aussi brûlants que les VSST?
Personnellement, j’en suis convaincue ! 😊